Hexagora - Concepts de base

« Le passé lointain inspire le sens et le respect des différences entre les hommes, en même temps qu’il affine la sensibilité à la poésie des destinées humaines » - Marc Bloch1)

CC BY Miguel Discart : https://www.flickr.com/photos/miguel_discart_vrac/20173807212/

J’ai nommé l’univers que j’essaie d’évoquer à travers mes écrits « Hexagora », du grec hexa, six (allusions à la théorie des six degrés de séparation) et agora, assemblée. Le terme créé évoque donc à la fois les entrelacements de destins au sein d’un lieu défini, et une communauté culturelle dont le coeur est, pour l’essentiel, autour de la Méditerranée, d’où le choix d’un terme issu du grec.

Peupler un monde oublié

Je m’intéresse depuis de nombreuses années au XIIe siècle, à sa seconde moitié plus précisément, sans me restreindre à une zone géographique circonscrite, mais en tentant, depuis le Moyen-Orient que j’affectionne tout particulièrement, de rayonner le plus possible.

Attiré tout d’abord par la culture matérielle, j’ai inévitablement été amené à fréquenter les personnes vivant autour de ces objets, ces lieux : anonymes laboureurs, célèbres chroniqueurs ou obscurs politiciens. C’est là qu’est née l’envie de tirer un peu le rideau sur ce monde souvent dépeint en noir et blanc, à travers des grilles d’analyse un peu trop simplistes pour rendre justice au bruissement des foules, à la richesse des échanges, en bref, à l’atrocité et la beauté des hommes d’alors.

Définir une méthode de travail

L’écriture de romans me sembla alors la solution évidente, car je souhaitais mettre en valeur non seulement des faits historiques et culturels, mais également tenter de les placer en perspective, de leur donner de l’écho dans nos consciences modernes. C’est là qu’est né Ernaut, fin limier au physique d’ours. Mais tout ne peut engendrer de longues intrigues, et le héros, malgré sa bonne volonté, ne peut incarner à lui seul toutes les facettes d’une mosaïque aussi complexe qu’une société dans son entier, pendant plusieurs dizaines d’années.

Il m’est donc venu à l’idée qu’il était possible de propulser à l’avant de la scène, le temps de textes environnants, des personnages croisés ici et là par Ernaut, ennemis d’un instant, lointaines connaissances ou beautés inoubliables. Logiquement, ces individus prendraient leur autonomie peu à peu, dévoileraient de nouveaux aspects de leur caractère, évoqueraient des moments clés de leur existence. Des horizons insoupçonnés s’esquisseraient, des regards neufs sur les mêmes événements constitueraient un moyen formidable d’aborder la complexité des faits, prévenant tout risque d’assèchement de la réalité.

Toutes ces personnes seraient amenées à se rencontrer les unes les autres, sans parfois savoir qu’elles avaient ou allaient fréquenter mon héros, Ernaut. Des figurants deviendraient premier rôle, croiseraient d’autres silhouettes, qui connaîtraient peut-être leur quart d’heure de gloire à l’occasion d’un nouveau texte, d’une nouvelle levée de voile sur un destin unique.

Tout cela, en plus de donner une infinité de voies à explorer, de sujets à aborder, sans avoir à préjuger de leur complexité, de leur représentativité, m’offre une formidable liberté. Aucune entrave ne peut restreindre l’écrivain avide de faire passer la connaissance historique acquise au fil des ans.

Cela constitue aussi une façon de prendre parti, d’affirmer que l’histoire n’a jamais été un fait désincarné, bien au contraire. Ce fut l’entrelacement de ces destins, ces collisions, ces affrontements, ces associations, qui ont bâti peu à peu l’histoire que nous consignons doctement dans des ouvrages reliés.

Un travail de médiateur plus que d’historien

Mettre en lumière les relations complexes unissant les hommes du Moyen Âge ne peut se faire en esquissant à grands traits les principaux événements politiques, artistiques et militaires. Les agissements entremêlés de nos ancêtres se sont sédimentés pour faire basculer la roue du temps dans une direction ou l’autre, même si certains pesèrent parfois d’un poids plus lourd.

C’est l’unicité de chaque parcours de vie, recréé artificiellement pour correspondre plus ou moins à des archétypes, ou pour en montrer les limites engendrées par la normalisation. Je ne prétends nullement remettre en cause les principes d’études issus de l’école des Annales. Mais mon propos n’est pas tant d’analyser et comprendre que de faire passer. Les outils, les moyens et les buts ne sont donc pas les mêmes.

Ernaut et ses enquêtes m’offrent la chance d’attirer l’attention sur le monde qu’ils évoquent, un moment de notre histoire voilà bientôt 900 ans, sur les bords de la Méditerranée et au Moyen-Orient. Il ne s’agit pas de la réalité historique, seulement de la représentation la plus fidèle que j’arrive à en concevoir, que je vous livre au fil des mots.

Si d’aventure vous prenez goût à ces lieux et temps exotiques, je vous invite à aller plus loin et à découvrir les travaux des chercheurs, historiens, archéologues, qui ont échafaudé les structures que je me suis contenté de décorer. Je m’efforcerai donc toujours de laisser derrière moi quelques cailloux, vous permettant de retracer le chemin que j’ai parcouru pour rédiger un texte.

1)
Extrait de « Sur la réforme de l’enseignement », dans Les Cahiers Politiques, 1944, [en ligne] : http://www.louischauvel.org/bloch.htm

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